Succombez aux plantes carnivores

Elles traquent leurs proies dans des fosses, les engluent de colle ou les piègent dans leurs feuilles qui se referment comme des mâchoires. Les cultiver dans la maison fascine petits et grands.

«Plante carnivore»… Le nom titille l’imagination et évoque instantanément l’image d’une plante à gueule béante dévorant un Indiana Jones terrifié. Si au 19ème siècle on croyait réellement en l’existence de végétaux mangeurs d’hommes, on a depuis appris que ce n’était qu’une légende. Les vraies plantes carnivores sont toutes de petite taille et même la plus «gloutonne» s’avère incapable d’engouffrer un être vivant plus gros qu’une souris. Leurs véritables proies sont en fait des insectes et quelques autres arthropodes, dont les araignées. Aussi devrait-on plutôt les nommer «plantes insectivores».

Disséminées un peu partout sur la planète, les différentes plantes insectivores n’ont pas nécessairement de lien de parenté entre elles. Elles ont chacune développé ce mode de nutrition en réponse à une carence commune : l’absence quasi totale de minéraux dans le sol où elles croissent.

En effet, pratiquement toutes ces dévoreuses d’insectes poussent dans des tourbières ou autres milieux anaérobiques (sans oxygène) où la décomposition de la matière organique est pour ainsi dire nulle, où l’eau est presque pure et, par conséquent, où les éléments minéraux essentiels à la croissance des végétaux (azote, phosphore, potassium, calcium, etc.) sont rares. Comme les insectes qui visitent leurs fleurs ou atterrissent sur leurs feuilles sont riches en minéraux, vous devinez la suite…

Une culture unique

Il va sans dire que la méthode de culture des plantes insectivores diffère quelque peu de celles des autres plantes d’intérieur. En maîtrisant de simples notions de base, vous serez en mesure de les cultiver toutes. Le secret : éviter tout contact avec les minéraux, que ce soit dans le terreau, l’eau d’arrosage ou de vaporisation. Comme les plantes ne savent plus utiliser ces éléments autrement qu’en ingérant les insectes, elles dépérissent plus ou moins rapidement lorsqu’elles y sont exposées.

Terreau

On cultive les plantes insectivores dans un mélange composé à parts égales de tourbe de sphaigne et de perlite, exempt de minéraux (exclure tout autre terreau traditionnel) . Un empotage annuel est aussi recommandé.

Fertilisation

iet! Aucun engrais, jamais, car ce sont des minéraux concentrés. La viande est aussi à éviter parce que trop indigeste. «Mais alors, comment nourrir la plante?», demanderez-vous. Ne vous inquiétez pas : elle saura sûrement attirer un insecte de temps à autre, ce qui subviendra à ses besoins. Sinon, mettez-en un à sa disposition à l’occasion.

Arrosage

La principale erreur commise par les néophytes est précisément d’arroser ces plantes avec l’eau du robinet… Quelle déception de les voir alors dépérir peu à peu! Pour l’éviter, on n’utilise que de l’eau de pluie, de l’eau distillée ou de l’eau filtrée par osmose inverse, c’est-à -dire sans minéraux. Comme la majorité des espèces insectivores préfèrent un milieu toujours humide, on dépose le pot dans une soucoupe d’eau que l’on remplit dès qu’elle est vide. L’hiver, on laisse le substrat s’assécher un peu plus, mais pas tout à fait, avant d’arroser de nouveau.

Humidité

Les spécimens offerts sur les étalages sont présentés dans de petits terrariums individuels, non sans raison. La plupart requièrent une forte humidité atmosphérique (60 à 85 %) . Or, celle de nos maisons, du moins pendant l’hiver, est nettement insuffisante. On recommande donc de cultiver les plantes insectivores dans un contenant transparent au couvercle amovible, ce qui augmente significativement l’humidité ambiante. On couvre le contenant en prévoyant une petite ouverture pour l’aération des plantes qui s’accommodent d’un éclairage diffus, et une plus large – environ 1/3 de la surface – pour les variétés friandes de soleil, afin d’éviter la chaleur excessive. En raison de leur intolérance aux minéraux, les insectivores peuvent difficilement partager leur terrarium avec d’autres plantes.

Température

Celles d’origine tropicale s’adaptent bien aux températures de nos maisons l’année durant. Les autres doivent passer l’hiver dans un endroit frais où la température voisine 5 à 10 °C. Rappelez-vous qu’à cette époque, plusieurs d’entre elles perdront leur feuillage en tout ou en partie et sembleront mortes, ou presque. Pas de panique : elles renaîtront depuis leur base après trois ou quatre mois, lorsque l’air ambiant se réchauffera. Il suffira alors de supprimer les feuilles brunies.

Insectes et maladies

Les insectivores se défendent bien contre les insectes (elles les dévorent!) et ne sont pas très sujettes aux maladies, à condition d’assurer une bonne aération et de supprimer toute feuille morte. Le noircissement des feuilles est surtout symptomatique d’un excès de minéraux plutôt que de la présence d’une maladie. Généralement confinées dans un terrarium, elles ne sont pas très efficaces pour éliminer les insectes qui investissent vos autres plantes d’intérieur.

Multiplication

Une fois que vous saurez comment bien entretenir vos plantes et les garder en bon état, vous prendrez plaisir à les multiplier par division, par bouturage ou même par semis

floraison

Sauf exception, mieux vaut supprimer toute tige florale naissante : la fleur est souvent sans intérêt et le processus de mise à fleurs accapare inutilement l’énergie de la plante.

Dionée gobe-mouche (Dionæa muscipula)

La plus populaire des plantes insectivores d’intérieur, sans doute à cause de son piège remarquable, si prompt à réagir. Elle développe une rosette aux feuilles lisses, chacune se terminant en une mâchoire dentée. Verte lorsqu’elle est exposée à la mi-ombre, elle rougit sous les rayons du soleil. Quand un insecte frôle les poils situés en son centre, ou si vous y touchez avec insistance, le piège se referme. Mais attention, ceci n’est pas un jeu : s’il subit trop de fausses alertes, le piège s’assèche. La plante vit rarement très longtemps dans nos demeures, car elle exige le plein soleil et un hiver froid.

Rossoli (Drosera sp.)

Il existe de nombreuses espèces de Drosera, certaines de climat froid comme le D. rotundifolia de nos tourbières . Pour une culture à l’intérieur, on préfère une variété tropicale comme D. adelæ ou D. spathulata. Les feuilles sont tantôt étroites, tantôt presque rondes, tantôt en forme de spatule, mais toujours couvertes de petits poils, tous coiffés d’une goutte de colle brillante qui retient les insectes. Les rossolis tolèrent un éclairage moyen mais sont plus attrayants au soleil. Même les espèces tropicales apprécient des températures nocturnes plus fraîches pendant l’hiver (10 °C) .

Grassette (Pinguicula sp.)

La grassette tropicale (P. moranensis) est parmi les mieux adaptées à la culture intérieure : elle tolère nos températures ambiantes même en hiver, se passe fort bien du plein soleil et n’exige pas de culture sous verre. Les feuilles charnues vert tendre forment une rosette dense et semblent couvertes d’huile, d’où le nom «grassette». De petits insectes, dont les mouches à fruits, s’y prennent et sont digérés lentement. C’est une des rares insectivores qu’on peut laisser fleurir. Les fleurs violettes s’épanouissent plusieurs fois dans l’année et rappellent celles d’une violette sauvage.

Quelques types de pièges

Colle-mouches

La plante sécrète une matière gluante à laquelle adhère la proie (rossolli) .

Piège à loup

Les feuilles à deux lobes se referment comme des mâchoires et emprisonnent la proie (dionée gobe-mouche) .

Fosse

Les feuilles en forme d’urne contiennent un nectar qui attire et retient la proie (sarracénie pourpre) .

Casiers à homard

Les feuilles en tube fermé à la base ne s’ouvrent que vers l’intérieur. Une fois la proie dans le tube, elle ne peut en sortir (sarracénie perroquet) .

Souricière

De petites cavités sont fermées par une trappe qui s’active lorsqu’un insecte frôle les poils situés au pourtour (utriculaire, plante aquatique) .

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